Il y a de cela quelques semaines, en cours d’espagnol, nous avons organisé un débat sur le thème de la publicité et de la consommation. La conversation a évolué et a débouché sur le croustillant sujet du vol à l’étalage. (A croire que les connections entre publicité et vol sont infinies). La prof nous a fait part d’un site internet, où, disait-elle, se recensaient les techniques de vol à l’étalage, dévoilées par certains petits gredins. Selon elle, le site était divertissant, et nous a conseillé d’aller y faire un tour. J’avais donc noté l’adresse, par curiosité et appétit de divertissement.
Puis, bêtement, les choses de la vie m’ont fait oublier le débat et le fameux site internet.
Hier, dans mon cahier rouge à spirale, j’ai retrouvé l’adresse du site et m’y suis connectée. Plus qu’un inventaire de techniques de vol, la page est en réalité celle d’un mouvement activiste d’un genre particulier : le Yomango.
Yomango a tout de suite fortement suscité mon intérêt. C’est pourquoi je tiens à vous le présenter, chers lecteurs, en exclusivité sur hbusygoingcrazy. Après investigation, il s’avère que le mouvement Yomango est né à Barcelone en 2002. Il a par la suite émergé dans de nombreux pays hispanophones (notamment en Argentine, au Chili ou au Mexique), et a récemment fait son apparition en Allemagne. L’appellation Yomango provient du verbe « mangar », slang espagnol pour « voler », et tire son origine de la célèbre marque de vêtements Mango. Yomango pourrait donc se traduire en français par « je choure » ou « je chaparde ».
Voici leur site internet : http://yomango.net/ (in spanish)
En résumé, Yomango est une marque dont le principal objectif n’est pas de vendre des biens ou services, mais de promouvoir le vol à l’étalage comme une forme de désobéissance civile et d’action directe contre les multi-nationales. Comme marque commerciale, Yomango possède ses catalogues, ses annonces publicitaires, ses compagnes de pub, mais ne produit ni ne vend rien. Ses slogans les plus populaires sont “Tu le veux? Tu l’as”, ou “Yomango n’est pas le vol. La propriété est le vol”.
Concrètement, le mouvement a organisé plusieurs actions collectives et publiques, dans divers magasins ou supermarchés. Ces manifestations, disons, folkloriques, sont précédées de communiqués de presse. On trouve pléthore de vidéos sur You Tube.
Par exemple, http://fr.youtube.com/watch?v=rXBSAubWc1A montre des adeptes de Yomango venus danser le tango dans un supermarché en Argentine. Ils y volent des bouteilles de champagnes, et vont les boire le lendemain dans une banque.
http://fr.youtube.com/watch?v=wED5Zn0k8fE montre la toute première action publique de Yomango, qui s’est déroulée dans un magasin du centre de Barcelone pendant la période des soldes. Une robe volée par Yomango a été offerte au CCCB (Centre de Culture Contemporaine de Barcelone) qui l’a par la suite exhibée dans sa collection.
Yomango, dans ses actions collectives et médiatiques, s’inscrit dans un processus créatif, se met en scène, c’est un véritable spectacle populaire. Mais ces actions publiques, qui sont la partie la plus visible du mouvement, ne sont que quelques exemples parmi d’autres. La plupart du temps, Yomango agit dans la clandestinité. Sur leur site internet sont expliquées les pratiques de vol à l’étalage qui ont fait leurs preuves. On y apprend à retirer les antivols, à déjouer les caméras de surveillance, et même à comprendre la psychologie du vigile.
Si le mouvement Yomango me fascine, il ne me convainc pas complètement, et ce, pour plusieurs raisons.
Dans le manifeste du mouvement, on trouve les affimations suivantes : “Acheter est un exercice passif, ennuyeux, un acte socialement pré-déterminé. Voler est une pratique créative et exitante. Voler s’entend normalement comme un délit. Cependant, Yomango ne reconnait ni légalité ni illégalité, simplement la légitimité, celle qui vient de la vie quotidienne, du désir de vivre en liberté, de manière créative. Acheter est un acte d’obéissance. Yomango est un style de désobéissance.”
Il me semble erroné de dire qu’acheter est un acte passif ou d’obéissance. C’est vrai que le marché offre souvent un faux sentiment de liberté, le choix d’une alternative entre telle marque et telle autre, etc. Cependant l’acte d’achat n'est pas toujours passif, on ne peut pas le simplifier de la sorte. Il suffit de regarder la prise de conscience d’un nombre de plus en plus grand de consommateurs. (Le phénomène étant relativement récent, les sociologues se chamaillent encore sur la terminologie “adéquate” qu’il faut adopter : "consommation responsable", "consommation engagée", whatever, laissons-les se disputer.)
Plus loin sur le site de Yomango, on peut lire : “Nous volons les vêtements qui nous plaisent et nous font nous sentir beaux.” Et pour moi c’est là que les choses se compliquent. Il faut avoir à l’esprit que la stratégie la plus puissante du capitalisme actuel réside en faire naître et stimuler des désirs pour créer la nécessité d’une consommation compulsive. Yomango affirme dérouter les règles qui font que le système fonctionne, et prétend transformer consommation passive en consommation active. Pourtant, en faisant l’apologie de l’accumulation de biens, il poursuit la logique que le capitalisme impose.
Le vol reste une forme de consommation, certes différente de l’achat « classique » - la dimension monétaire en étant absente - mais le vol comme l’achat ont leurs coûts environnementaux et sociaux. Prenons l’exemple du Yomanger qui chaparde une paire de Nike et réfléchissons aux conséquences de cet acte. Si l’on regarde en amont, on s’imagine aisément que les ouvriers/esclaves chinois se foutent éperdument de savoir si le bien qu’ils ont produit a été volé ou acheté. De toute manière, le phénomène est trop marginal pour ébranler le mastodonte qu’est Nike. S’il l’on prend maintenant un tout autre angle de vision, on peut se demander ce que fait le Yomanger chapardeur de Nike sinon promouvoir la marque qu’il prétend combattre ? En effet, en portant ces chaussures, il leur fait de la publicité - d’autant plus que personne ne peut savoir qu’elles ont été volées ou achetées. « On va pas se balader pieds nus, ni avec des shooes de nazes alors que la pub et la société nous foutent la pression », dit un Yomanger sur un forum. Une telle affirmation se trouve en porte à faux total avec le manifeste Yomango, qui prône désoibéissance et consommation active. Ici, le Yomangeur est d’une passivité extrême face aux pressions de la société.
J’ai une certaine sympathie envers les idées et le folklore du mouvement. En particulier car il produit une sorte d’activisme récréatif, qui contraste avec l’austérité d’autres mouvements fondés sur une ligne idéologique proche. Mais je ne peux m’empêcher de penser à ses effets pervers et ses contradictions.
Dans une scène de la vie quotidienne j’ai vanté le plaisir que procure le vol. Dans certaines vidéos de You Tube, les Yomanger affirment que la nourriture volée est toujours meilleure que la nourriture achetée. Cela m’a rappelé le stylo qui paraissait plus beau car je l’avais volé. Par ailleurs, je ne pense pas que l’acte du vol soit en soi immoral (évidemment, ça dépend).
Je comprends à peu près les raisons qui poussent au vol (autre que la nécessité absolue), c’est à dire et le sentiment d’être exploité et une situation de précarité. Malgré cela, je n’arrive pas à concevoir le vol systématique en tant que moyen efficace de lutte politique et sociale.
C’est dur de vouloir changer le monde…Je vais arrêter de me prendre la tête et aller boire une petite bière (volée ?).


3 comentarios:
Voler aux riches/puissants/collectif/grandes entreprises c'est moins immoral que de voler au pauvres/faibles/marginaux/gens moyens/PME
Ca me parait être une logique intégrée par le plus grand nombre, j'ai jamais tellement compris pourquoi, peut-être que c'est juste du bon sens.
Sinon voler pour manger, ca me parait honnête, j'ai souvent du mal à comprendre que la nourriture soit payante.Au même titre que le logement. Enfoirés.
Oui, c'etait longue, this post. But it's been worth it once I've finally read it.
Analizas el movimiento realmente, eres capaz de ver más allá de la emoción del robo, o la pretensión de ser "alternativo" (algo de lo que siempre me quejo en Bcn, no? ;)). Es más, eres crítica con Yomango. Está bien, me ha gustado, ahora es mi turno de analizar, peut-être, y sacar mis propias conclusiones. Pero en principio lo apoyo ideológicamente. De todos modos, al ser un movimiento de acción directa contra las grandes multinacionales, como tú bien lo defines, ¿sirve de algo el apoyo ideológico, o moral, que alguien que no se atreve a robar, puede darle? ¿Sería el "consumo responsable" una alternativa lícita, cobarde, o también manipulada y controlada por el "establishment", al Yomango?
Ha suscitado mi curiosidad que menciones las consecuencias perversas que puede tener Yomango. ¿La adicción de robar por robar, quieres decir? ¿El peligro de caer en el simplismo y dar lugar a situaciones como el tipo que luce las Nike robadas y así, según tú, les da publicidad?
Hay opciones hoy en día para los que queremos o intentamos ejercer un estilo de vida creativo/díscolo o como quieras llamarlo, pero es difícil. Es difícil combatir el sistema, querer cambiar el mundo, siempre hay análisis que hacer y es imposible, probablemente, poder saber todas las consecuencias que nuestros actos, sean cuales sean, van a tener, y si realmente van a tener el efecto que con ellos perseguimos.
Nos comemos la cabeza... hm... has dicho COMER? Mhh... yeah it's lunch time.
:)
No sé lo que opina Yomango del consumo responsable. Pero es cierto que ahora es algo cada vez manipulado, y al final, como lo dices, es muy dificil saber las consequencias de nuestros actos cuando queremos vivir de una manera alternativa.
Para mi las consequencias perversas de Yomango son multiples. Claro que hay lo del robar por robar, just for the sake of it, por las emociones que da. Lo que no me gusta de Yomango es que critican a empresas como Nike pero al mismo tiempo quieren llevar sus deportivas, y eso me parece increible. En esto caso me parece que el boicot seria mas eficaz.
def nos comemos demasiado el coco. Me voy a comer tambien. Por cierto, has comprado la mermelada de ciruela de Eirik al final?
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