lunes, 5 de enero de 2009

L'insoutenable légèreté de l'être - Milan Kundera - 1982

Cet essai/roman est pour moi une œuvre d’art. Une œuvre majestueuse où s’unissent, toujours en nuances, gravité et désinvolture. La question, ou le fil rouge de l’ouvrage, est de savoir quel aspect, de la gravité ou de la légèreté, correspond le mieux à la condition humaine. Kundera voit la pesanteur comme l’attachement à des êtres et à des principes, elle est pour lui le fruit d’une morale plutôt rigide. La légèreté, en opposition, est l’attachement à rien ni personne.

Quelle est l’orientation la plus supportable ? Faut-il préférer à la pesanteur la légèreté de l’être ? Il semblerait que pour Kundera, toute réponse est discutable, puisque pesanteur et légèreté sont pareillement insoutenables. Mais les choix sont, même si ne procédant pas d’une décision véritable, irréversibles.

La réponse de Kundera, je la vois dans son introduction :

"Il n’existe aucun moyen de vérifier quelle décision est la bonne car il n’existe aucune comparaison. Tout est vécu tout de suite pour la première fois et sans préparation. Comme si un acteur entrait en scène sans avoir jamais répété. Mais que peut valoir la vie, si la première répétition de la vie est déjà la vie même ? C’est ce qui fait que la vie ressemble toujours à une esquisse. Mais même « esquisse » n’est pas le mot juste, car une esquisse est toujours l’ébauche de quelque chose, la préparation d’un tableau, tandis que l’esquisse qu’est notre vie est une esquisse de rien, une ébauche sans tableau."
Autres morceaux choisis, parmi mes préférés :

«On a tous tendance à voir dans la force un coupable et dans la faiblesse une innocente victime

«Ce qui distingue l'autodidacte de celui qui a fait des études, ce n'est pas l'ampleur des connaissances, mais des degrés différents de vitalité et de confiance en soi



«Le jeune homme qui court après la gloire n'a aucune idée de ce qu'est la gloire. Ce qui donne un sens à notre conduite nous est toujours totalement inconnu.»

« Il suffit d’aimer à la folie et d’entendre gargouiller ses intestins pour que l’unité de l’âme et du corps, illusion lyrique de l’ère scientifique, se dissipe aussitôt. »

« Celui qui veut continuellement « s’élever » doit s’attendre à avoir un jour le vertige. Qu’est-ce que le vertige? La peur de tomber ? Mais pourquoi avons-nous le vertige sur un réverbère pourvu d’un solide garde-fou ? Le vertige, c’est autre chose que la peur de tomber. C’est la voix du vide au-dessous de nous qui nous attire et nous envoûte, le désir de chute dont nous nous défendons ensuite avec effroi. »

« Mais c’était justement le faible qui devait savoir être fort et partir quand le fort était trop faible pour pouvoir blesser le faible. »

« Il l’avait aimée depuis l’enfance jusqu’au moment où il l’avait accompagnée au cimetière, et il l’aimait dans ses souvenirs. D’où il tenait l’idée que la fidélité est la première de toutes les vertus ; elle donne son unité à notre vie qui, sans elle, s’éparpillerait en mille impressions fugitives.
Franz parlait souvent de sa mère à Sabina, et peut-être même, inconsciemment, par calcul : Sabina serait séduite par son aptitude à la fidélité, et c’était un moyen de se l’attacher.
Seulement, c’était la trahison qui séduisait Sabina, pas la fidélité. Le mot fidélité lui rappelait son père, provincial puritain qui peignait le dimanche pour son plaisir le soleil couchant au-dessus de la forêt et des bouquets de roses dans un vase. Grâce à lui, elle commença à dessiner très jeune. A quatorze ans, elle tomba amoureuse d’un garçon de son âge. Son père fut épouvanté et lui interdit de sortir seule pendant une année. Un jour, il lui montra des reproductions de Picasso et il en rit très fort. Puisqu’elle n’avait pas le droit d’aimer un garçon de son âge, au moins aimait-elle le cubisme. Après le baccalauréat, elle partit pour Prague avec l’impression réconfortante de pouvoir enfin trahir son chez-soi.
La trahison. Depuis notre enfance, papa et le maître d’école nous répètent que c’est la chose la plus abominable qui puisse se concevoir. Mais qu’est-ce que trahir ? Trahir, c’est sortir du rang. Trahir, c’est sortir du rang et partir dans l’inconnu.
Elle s’inscrivit à l’école des Beaux-Arts, mais il ne lui était pas permis de peindre comme Picasso. Il fallait alors obligatoirement pratiquer ce qui s’appelait le réalisme socialiste, et aux Beaux-Arts on fabriquait des portraits de chefs d’Etat communistes. Son désir de trahir le père restait inassouvi car le communisme n’était qu’un autre père, pareillement sévère et borné, qui interdisait et l’amour (l’époque était au puritanisme) et Picasso. Elle épousa un médiocre comédien pragois, uniquement parce qu’il avait une réputation d’excentrique et que les deux pères le jugeaient inacceptable.
Puis sa mère mourut. Le lendemain, en revenant à Prague après l’enterrement, elle reçut un télégramme : son père s’était suicidé de chagrin.
Le remords s’emparait d’elle : était-ce si mal, de la part de son père, de peindre des roses dans un vase et de ne pas aimer Picasso ? Etait-ce si répréhensible d’avoir peur que sa fille lui revienne enceinte à quatorze ans ? Etait-ce si ridicule de n’avoir pas pu vivre sans sa femme ?
De nouveau, elle était en proie au désir de trahir : trahir sa propre trahison. (…) La première trahison est irréparable. Elle provoque, par réaction en chaîne, d’autres trahisons dont chacune nous éloigne de plus en plus du point de la trahison initiale. »

«Qui cherche l'infini n'a qu'à fermer les yeux."

1 comentario:

Anónimo dijo...

Je vois que tu t'es bien remise à la lecture!!! Pitain ça a l'air trop bien ce bouquin!
Et ton taff?!
bizzz!