Ce soir là j'avais décidé de présenter le meilleur de la cuisine espagnole à mon amie T. Je lui avais déjà mis l'eau à la bouche plus d'une fois en lui évoquant les milles saveurs de cette cuisine colorée. Je souhaitais donc l'emmener dans un bon restaurant, et surtout fuir les tapas noyées dans l'huile sale qu'on se fait servir dans certaines tavernes.
Un établissement au coin de la place de la Révolution, qui semblait correspondre à mes besoins, a attiré mon attention. Sur la carte, des mots qui éveillent les papilles, des mets sophistiqués, des promesses de sensations culinaires délicates et étonnantes.
Quelques instants plus tard les premiers plats nous arrivent déjà, en faible quantité mais Dieu quelle merveille! Un raffinement que même l'arrogance française serait obligée d'admettre.
Soudain, T. s'exclame : "Aghhhh y'a une bête sur le mur". Je me retourne et me retrouve nez à nez avec elle, ses antennes qui gigotent, ses petites pattes indécises, son comportement imprévisible. La bête n'est pas bien grosse mais son petit corps...a tout du cafard. Un petit cafard, certes, mais un cafard. J'en suis presque sûre.
La petite bête finalement s'éloigne à plusieurs mètres de nous. Je prends une grande inspiration. Il faut que j'affronte ma phobie, il faut à tout prix que je me calme. Après tout, j'ai déjà vu des dizaines de cafards 4 ou 5 fois plus gros, quand ils habitent les rues l'été, quand on les voit savourer la chaleur inhumaine du métro, quand ils s'invitent dans les appartements en ville. Non, non, l'été est fini, on est fin octobre et les grandes chaleurs sont derrière. J'ai survécu et je ne veux pas replonger dans l'angoisse.
J'arrive peu à peu à me raisonner, jarrive à continuer mon repas, mais les plats ont déjà perdu de leur saveur.
Soudain, T. lâche un "H........." d'effroi. Je suis son regard, et là, horreur! Un cafard court à toute vitesse sur le sol, mais comment peuvent-ils aller aussi vite, mais comment et pourquoi, et la bête s'approche dangereusement de notre table, je me lève sans réfléchir, je ne suis plus moi, "faut l'écraser, T., faut l'écraser, écrase le"
"non je peux pas, écrase le toi!"
Sans réfléchir je tape mon pied sur le sol pour l'écraser, je le loupe, le cafard se met à courir encore plus vite, mais comment peuvent-ils aller aussi vite, mais comment et pourquoi, et là BAM! - je redonne un grand coup avec mon pied, et cette fois ouais je l'ai eu, ouais je l'écrase comme une merde, je l'extermine yeah, c'est moi qui gagne c'est moi la plus forte, victoire! Ah!
Je ne suis pas peu fière. Mon coeur bat à tout rompre. C'est le deuxième cafard, il doit en avoir d'autres. Sur le mûr revient le premier cafard, avec ses petites pattes toujours aussi hésitantes et ses antennes qui bougent. Il pourrait être prêt à nous sauter dessus. La parano grandi, au secours il va sauter, il va sauter me punir j'ai tué son ami, il va sauter j'en suis sûre. Je regarde T., elle est livide, au bord de la crise de panique. Elle m'implore : "H......."
On se regarde. Blanches comme des linges qu'on est. Blanches prêtes à s'évanouir.
Un serveur arrive "Que pasa chicas? Hay un problema?" Et moi : "si, si que hay un problema, mira hay una cucaracha aqui en la pared" Et il me répond qu'elle doit venir de dehors, mais non il ment, elle vient d'ici, elle vient d'ici parce qu'elle habite ici, avec sa famille, ses amis, ses cousins, elles se nourrisent dans la cuisine, quand elles s'ennuient elles viennent menacer les clients. Moi j'en connais un rayon sur les cafards, Monsieur. Qu'on n'essaie pas de m'entourlouper!
Le serveur va chercher son collègue, un grand dadais qui ressemble à une grosse brute allemande, aimable comme mon cul. L'allemand prend un mouchoir et attrape le cafard. "ya esta" qu'il nous dit, avec son regard de c'est pas la ptite bête qui va manger la grosse. J'ai envie de lui foutre mon point sur la gueule.
Avec T. nous passons en revue l'ensemble du restaurant. Il y a un cafard sur la porte de la cuisine, il y a un cafard sur le sac d'un client innocent de la table derrière moi, il y a même un cadavre sur le sol, et un autre sur ma bouteille de bière.
Parano. Horreur. Les images défilent. J'essaie de les contrôler, je sais que ça va trop loin. J'imagine des cafards dans mon sac, des cafards qui sautent dans mes cheveux, j'imagine des cafards qui se mettent à voler dans tous les sens, j'imagine des cafards sous mes vêtements....
On paie. On se barre. On a pas eu une seule discussion du repas.
6 cafards en moins d'une heure. C'était mon expérience de la nouvelle cuisine espagnole.

2 comentarios:
l'allemand,'adios', quelle aventure! plus jamais. je crois que je nai jamais mange aussi stressee de ma vie. je pense que je me sentirais plus a laise si je devais manger de la cervelle de peur detre frappee violement avec une un baton cloute.
6 en moins dune heure. celui qui rampait de dessous le bar...limpression que ses cousins, gd mere et oncles grouillaient ds la cuisine. peut etre lallemand tyran en a ecrase un et la mis entre les 2 tranches du tapas a la chevre.
lallemand netait pas du genre a rassurer ses clients. lallemand naimait pas egayer les troupes.
lallemand, pour sur, nallait pas se mettre a jouer de la flute.
Hahahahahaha... putain c fou...
Pobrecitas francesas, vaya experiencia de tapas ke has tenido, T.!! Fue mucho mejor en el Bar Bristol, con los camareros chinos que preparaban tapas Gaudi.
Jespere q tu enjoy Madchester and good luck for ur new peut-etre job!!!
H., bravo pour l'ecrasser. Hier soir il y avait un autre enorme cafard dans la rue, quand nous sommes allés au Maria, mais j tavais rien dit. Panic.
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