Ca fait deux semaines que je sens venir le truc. Ils vont la virer, ou plutôt, il vont la faire partir.
« Volontairement »
Car ils sont malins, très malins.
B., ma chère B., je te connais à peine, mais tu es une des personnes que je préfère ici.
J’aurais dû t’en parler avant. Mais bon, ça n’aurait absolument rien changé.
Derrière ton dos ont défilés réunions d’organisation, épluchages de CVs, entretiens avec ceux qui paraissaient les plus requins.
Aujourd’hui, devant toi, elle est entrée, elle, celle qui allait te remplacer. Tu l’as bien vue, grande, élégante, polie - bien trop polie à mon goût. Elle ne t’as pas adressé un regard, évidemment. Alors forcément, tu as senti venir quelque chose.
Ils se sont installés dans la salle à côté de ton bureau. Je me suis risquée à te parler, par tâtonnement, pour que tu te prépares.
Tu ne disais rien. Puis tu as murmuré dans un souffle : "ca fait une semaine que je ne dors plus, maintenant je sais pourquoi".
La fille et le boss sont sortis. La fille a pris congé. Le boss est revenu avec son magnifique, son superbe : « We have to talk ». Ton naturel, spontané, dégagé, presque guilleret. B. se met à pleurer. « oh, no, please don’t you cry. You know we don’t want you to leave. We just need somebody a bit more…commercially active”. J’assiste à toute la scène, évidemment je suis de trop. Ils décident de passer dans la pièce à côté. Y flotte encore le parfum de la favorite.
5 minutes plus tard, ils ressortent des lieux de la trahison. B. rassemble quelques biens personnels tout en me grommelant quelques anecdotes qui ne font que confirmer ma répulsion pour cet endroit sordide, cette hypocrisie sublime pour laquelle je travaille. Nous échangeons nos numéros de téléphone, presque en secret. Nous avons, je crois, beaucoup de choses à nous dire.
B. s’en va.
Silence.
J’entend le boss rire avec son bras droit, pilier fidèle d’une blondeur candide, qui a l’apparence d’un petit agneau doux et inoffensif. Vraiment je pense que ça baise bien dans le bureau de la direction.
Moi, je ne peux pas travailler, je ne peux pas me concentrer. Je n’en ai aucune envie.
Ca baise à tout va, dopés qu'ils sont par leur sentiment de pouvoir, de grandeur, de puissance. Ca chante, ça trinque, blink! Ca rit, hop on s'en ressert un ptit coup, et puis soudain ça se met à se branler en lévitation. Ca virevolte, enivrés qu'ils sont, par leur propre réussite, admirant leur entreprise jeune, dynamique, en rapide expansion. Et ça pense aux petits pantins écorchés. Ensanglantés. Et ça gémit de plaisir.
Stratégie d'entreprise porteuse.
Et moi je reste comme une imbécile devant mon ordinateur.
I want you
Hace 15 años
1 comentario:
Putain, trés bien ecrit et decrit (?¿).
La valse des fils de pute... J'ai adoré cet post là.
Bon, comme d'habitude.
Tu me donnes des nouvelles du boulot alors? J'ai trop hâte!
Bisous ma belle...
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