jueves, 20 de noviembre de 2008

Une scène de la vie quotidienne : un entretien d'embauche

Au cours des dernières semaines, j’ai récolté matière suffisante à rédiger une bonne dizaine de scènes de la vie quotidienne concernant la recherche d’emploi. Si je les avais écrites, elles seraient toutes douces-amères. Et celle que je présente ici n’échappe pas à la règle.

L’annonce indiquait : le poste consiste à répartir des subventions du Fond Social Européen aux entreprises. Ces subventions se présentent sous forme de formation continue gratuite.
Rien de plus n’était précisé sur le travail, ni sur les qualifications ou le profil requis. Quant au volume de travail ou la rémunération, silence total.
J’étais donc méfiante, mais pour éviter de rater l’opportunité d’un travail potentiellement intéressant, j’ai envoyé mon CV. Le lendemain, je reçois un mail, ou plutôt une réponse automatique. Mon nom n’y est pas mentionné, et il est soigneusement évité de faire référence à un éventuel « il » ou « elle ». Bref, mon CV n’a même pas été ouvert, cependant on me prie d’appeler un certain G. au plus vite pour convenir d’un entretien. Toujours plus méfiante, je compose le numéro du mystérieux G. pour en savoir plus.

Le jeune homme a une intonation de commercial plus que de responsable des ressources humaines. Il m’explique que l'entreprise qui embauche est un centre de formation, et que le travail consiste à contacter les entreprises pour leur proposer les formations auxquelles elles ont droit, pour avoir cotisé à la Sécurité Sociale et autres taxes.

Autrement dit, c’est de la pure et simple vente par téléphone. Sauf que le produit vendu sera remboursé par la gentille Europe.

« Alors, qu’est ce que t’en penses ? »
« Oui, oui, ça me paraît bien. »
« Génial. Tu verras, c’est un très bon boulot. Tu vas faire de bonnes performances après seulement quelques heures d’expérience »
« Hahaha. Si tu le dis… »
« Bon, je te propose un entretien demain matin à 9H. Après tu verras, mais je sais déjà que tu seras intéressée parce que c’est vraiment un super boulot. Tu pourras commencer le lendemain même ! »
« …ah oui ? »
« Bon ben écoute voilà, demain à 9H, voici l’adresse … Une fois là-bas, tu demandes Madame Y. L’entretien sera individuel et dure environ 20 minutes. Oh, attend, au fait c’est quoi ton nom ? »
« H.B. Je te l’épelle ? »
« Mhh nan, nan. Ca n’a pas d’importante. On t’appellera demain. Allez, au revoir »

Evidemment, une fois la conversation achevée, je me rue sur l’ordinateur pour mener mes petites recherches personnelles. Je vérifie les dires de G., je me renseigne sur cette fameuse loi de formation continue, sur la procédure à suivre, et enfin j’épluche le site du dit centre de formation, effectivement agréé par le Ministère de l’Emploi. Je vérifie le contenu des formations. On y trouve toute une palette qui va de « comment découper et vider le poisson et les fruits de mer » à « généralités sur la jardinerie », en passant par « prévention des conflits » et « gestion du stress ».

Pourquoi pas.

Je regarde mieux. Toutes les formations sont « à distance ». C’est à dire qu’elles consistent en l’envoi d’un CD ou d’un DVD. Facturé 420 euros pièce. Remboursés par la décidemment très gentille Europe.

Au nom de la formation continue, au nom de l’innovation, au nom de l’amélioration de la compétitivité des entreprises.
Au nom du changement social, au nom du développement individuel des travailleurs, au nom de l’amélioration des qualifications personnelles.

L’espace d’un instant, mes pensées s’égarent. Moi aussi, je voudrais créer un business avec comme associé l’Europe, la gentille très gentille Europe, au nom du Bonheur Social de la Grande Communauté que nous formons.

(…)

Je me lève ce matin à 7H30, après une longue nuit de 3 ou 4 heures. Je me traîne vers les lieux du drame, avec l’inévitable boule dans le ventre pré-entretien, accompagnée de la désagréable impression d’être toute petite. J’arrive, comme d’habitude, bien en avance. Je traînasse devant le bâtiment en attendant l’heure de la ponctualité parfaite. Puis je rentre, emprunte les escaliers, premier étage m’avait dit G. Pourtant, au premier étage se trouve un cabinet de conseil, porte de gauche, et l’ambassade du Canada, porte de droite. Hm…Que faire ? Je me décide à sonner à la porte du cabinet de conseil, au risque d'un « Quoi? Un entretien avec madame Y. ? Il n’y a personne de ce nom ici, mademoiselle. »
Je prends mon courage à deux mains et rentre dans l’entreprise, le plus naturellement possible. Je me dirige vers l’accueil et m’annonce. La réceptionniste me regarde à peine, me tend un formulaire à remplir, et « on vous appellera quand viendra votre tour ».

« Mon tour ? »

Je me retourne et aperçois une dizaine d’individus remplissant le même formulaire que celui qu’on m’a donné. Et le temps que je remplisse le mien, cinq nouveaux candidats ont déjà sonné à la porte. La plupart attendent désormais debout. Je remet mon formulaire à la réceptionniste et retourne à ma place. Je repense aux mots de G., « ça n’a pas d’importance ».

Mon nom n’a pas d’importance.

J’attends 5, 10, 20 minutes. J’attends et je sens la colère monter. C’est trop. Est-ce si difficile de donner des rendez-vous, monsieur D. à 9H, madame O. à 9H15, etc.? Est-ce trop compliqué, d'un point de vue organisationnel?
L’indignation. Celle-là, on ne me l'avait encore jamais faite. Je prends mes affaires et me lève. Tout le monde me regarde. Je me dirige vers la porte. Je m’en vais, aussi naturellement que je suis rentrée.

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